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Niki de Saint-Phalle, une nana qui ne tire pas à blanc

Fascinante Niki, artiste aux œuvres voyageant entre lumière et ombre, contes et réalité, rose et bleu. Dans ses concepts et idéaux, Saint-Phalle est une boule de feu mettant la lumière sur les problèmes de toute une époque : la place et l’image de la femme dans le monde de l’art et de la société d’un point de vue plus général.

Niki, de son vrai nom Marie-Agnès Fal de Saint-Phalle, naît le 29 octobre 1930 à Neuilly-Sur-Seine dans l’une des plus anciennes et prestigieuses familles de l’aristocratie française. Sa mère : une américaine, Jeanne Jacqueline Harper ; et son père : André de Saint-Phalle. En 1937, ils déménagent à New York. Déjà jeune, Niki est une enfant rebelle, elle ne rentre pas dans le moule, ce qui lui vaut d’avoir été renvoyée de plusieurs écoles. En particulier l’école Bearkley, pour avoir peint en rouge les sexes des sculptures classiques !

Impossible de n’avoir jamais vu ou entendu parler de ses Nanas qu’elle commence à façonner à partir de 1965. Dans un premier temps bâties de métal, stoïques, sombres, répondant aux diktats de cette société, à l’image que doit refléter une femme. Peu à peu, Niki transformera cette image de femme conventionnelle pour la remplacer par des Nanas pleines de vie : exubérantes, joyeuses, flamboyantes, belles, vivantes tout simplement. Elles sont devenues le symbole de l’artiste. Pontus Hulten résume : « A vrai dire, c’est une bien vaste tribu que celle des Nana, avec leurs formes et aspects si variés. Niki de Saint Phalle leur doit sa célébrité. Le fait qu’elle a atteint là à une manière d’apothéose de la femme resplendissante de liberté, de joie et de certitude… »

Pourtant, au départ, ce n’est pas à elles que Niki doit son succès et sa reconnaissance artistique, mais à sa série de performances intitulée les « Tirs ». Au total, 12 séances de 1961 à 1963 en Europe et aux États-Unis. Des objets collés et peints en blanc sur des toiles, elle tirait dessus avec un fusil faisant éclater de la couleur et du pep’s sur les volumes monotones. Ce fût l’étincelle qui mit le feu aux médias.

« Je tirais parce que j’étais fascinée de voir le tableau saigner et mourir »

Niki de Saint-Phalle

Elle déclarera par rapport à ça : « J’ai tiré sur papa, tous les hommes, les petits, les grands, les importants, les gros, les hommes, mon frère, la société, l’Église, le couvent, l’école, ma famille, ma mère, tous les hommes, papa, moi-même. Je tirais parce que cela me faisait plaisir et que cela me procurait une sensation extraordinaire. Je tirais parce que j’étais fascinée de voir le tableau saigner et mourir. ». On peut voir qu’elle répète plusieurs fois plusieurs mots comme Papa et les hommes. Seraient-ce des mots révélateurs d’un lourd secret ?  Son viol par son père à l’âge de 11 ans.  Un événement décisif dans son chemin dans l’art. Ce jour créa un chaos intérieur et la peinture calmait ses démons. Détruite par ce crime abominable, elle se releva. De cet épisode noir, elle en a fait jaillir la lumière. Tel un phénix, de la mort à la vie.

Elle déclarera en 1971 « Après les tirs, la colère était partie, mais restait la souffrance ; puis la souffrance est partie et je me suis retrouvée dans l’atelier à faire des créatures joyeuses à la gloire de la femme ». Depuis cette période, on peut voir des créations de Saint-Phalle un peu partout dans le monde.Tout d’abord, on pense à sa Nana la plus connue : Hon, une nana géante, dans laquelle on peut rentrer par le vagin. A l’époque, cette oeuvre n’avait évidemment pas fait l’unanimité. Dans le sud de la France, on peut retrouver trois grandes sculptures habitables : Big Clarice, Le Rêve de l’oiseau et La Sorcière.

Niki de Saint-Phalle
© Anne Marmion

D’ailleurs, quand on parle de réalisations habitables de Niki, on pense à sa célèbre Impératrice, une des 22 sculptures qui composent son Jardin des Tarots en Toscane. Dans ce jardin, y sont  représentés les 22 arcanes majeurs du tarot de Marseille en de somptueuses sculptures. Et c’est à l’intérieur de cette impératrice, qui s’apparente à une maison, que Niki finira de designer et créer ce jardin. Dans tous ces beaux volumes et couleurs on peut y voir l’influence du jardin Güelle du grand Gaudi, en Espagne. Elle dira ensuite à son compagnon Jean Tinguely  40 ans plus tard: « Le jardin de Gaudi est un tout, un espace poétique. Une zone de joie. Le lieu de rencontre des enfants, la magie ». Pas étonnant que cela l’ait inspiré ! Comme autre jardin fabuleux sorti tout droit de l’imaginaire St-Phalle, nous avons Queen Califia’s Magical Circle, à Escondido en Californie. Ce jardin représente une guerrière amazone associée à la mythique île de Californie. Parmi une dizaine de sculptures représentant des animaux, la Reine trône, majestueuse, sur un oiseau géant gardant précieusement en son sein un œuf doré. Dans l’art, j’aime avant tout interpréter les œuvres selon mes ressentis, cette œuvre m’inspire la protection, la célébration et la fragilité de la vie. Tout ça entouré d’une végétation luxuriante. Elle débute ce projet en 2000 et il sera le dernier avant sa mort. 

Le 21 mai 2002, l’étoile s’éteint et déclarera juste avant que son plus grand bonheur aura été d’« avoir refusé le monde des adultes. N’avoir jamais renoncé à l’univers si riche des contes et l’avoir peu à peu imposé ». Niki n’a rien à envier au talent des plus grands peintres de l’histoire et aux plus grands techniciens. Son plus grand talent, c’est son cœur. Elle a montré que peindre et créer avec le cœur suffit à exprimer et communiquer de belles idées.

Sa lumière, même éteinte, continuera à faire de l’ombre aux étoiles.

Merci à Jeanne pour la relecture.
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