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Au Foin de la Rue : quelques questions à Natalia Doco, la plus pétillante des chanteuses argentines

#AUFOINDELARUE. Juste après notre interview avec le groupe de reggae Jahneration, on a croisé, comme une apparition miraculeuse, la somptueuse Natalia Doco, chanteuse d’origine argentine et auteure de l’album « El Buen Galicho » sorti en 2017.

Elle est toute petite et n’arrête pas de sourire ! On peut vous garantir que nous n’avons jamais rencontré personne plus gentille, plus mignonne, plus déterminée (oui oui, tout ça à la fois) ; et c’est avec plaisir que nous vous dévoilons notre entretien avec cette sorte d’ange tatouée de motifs indiens, aux chansons doucement envoûtantes et très engagée pour les femmes et la nature.

Miss Peggy nous présente Natalia Doco

Née à Buenos Aires, Natalia Doco débute sa carrière en 2004 en participant à l’équivalent argentin de la Star Academy. Après quelques années au Mexique, elle sort son premier album en 2014. C’est la compagne du chanteur français Flo Delavega.

Bonjour Natalia ! Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Natalia : Je m’appelle Natalia Doco, je suis née à Buenos Aires, j’ai vécu sept ans au Mexique, où j’ai beaucoup appris de la culture mexicaine. J’avais un père médecin, qui jouait beaucoup de musique folklorique argentine. Ma mère écoutait de la musique toute la journée, j’ai grandi dans une maison assez musicale. Je suis arrivée en France en 2012 et j’ai sorti un premier album en 2014 qui s’appelait Mucho Chino. Après j’ai fait deux ans de tournée, mais je n’ai pas trop aimé. J’avais assez de chansons pour faire un album de chansons à moi et j’ai fait quelques reprises, pour faire plaisir à mon label (Belleville Music, ndlr).

Comment votre voyage au Mexique a-t-il influencé vos compositions ?

Natalia : Là-bas, je n’ai fait que de la musique. J’ai gagné beaucoup de puissance dans ma voix, parce qu’au Mexique les chansons sont très dramatiques. On avait un groupe qui marchait très bien dans tout le pays et on faisait des covers, donc j’ai appris toutes les chansons mexicaines. J’ai adoré cette expérience.

Natalia en interview avec notre journaliste Wilhem pendant le festival Au Foin de la Rue.
© Bastien Bonhoure

En 2015, vous avez créé votre propre label…

Natalia : Oui, je ne voulais plus travailler avec mon ancien label, parce que j’étais un peu déçue de ma première expérience sur mon premier album. Du coup on a monté notre propre label (Casa Del Árbol, ndlr) avec mon compagnon (Florian Delavega, oui comme celui des Fréro Delavegua) pour pouvoir sortir mon deuxième album, El Buen Gualicho.

Pas de regrets à ce propos ?

Natalia : Si, bien sûr. Avec l’expérience il y a des choses qu’on aurait fait différemment. Je pense qu’il faut créer un nouveau fonctionnement. Je voulais être indépendante, donc j’ai monté le label et j’ai créé une structure ; mais pour rentrer dans ce monde, qui est très fermé, c’est un peu compliqué. Par exemple, même quand on est indépendant, il faut payer un attaché de presse pour savoir si on peut rentrer en radio. Si c’est le cas, tu peux avoir des salles remplies, un bon tourneur… Et je pense que c’est encore plus difficile quand on n’a pas de label.

Un label, il a des moyens, un potentiel financier immense et des contacts. Alors que nous, on avait quelques contacts, pas un budget énorme, et on a quand même voulu avoir le même fonctionnement. Et ça, je pense que c’était une erreur. Il faut trouver une nouvelle façon de faire, qui soit originale et sans forcément vouloir rentrer dans ce système. Moi par exemple, je m’en fous de passer en radio. Complètement. C’est de l’argent jeté à la poubelle. Maintenant, Internet c’est un bien meilleur outil. Grâce à internet et à la comm’ que je fais moi-même, toute seule, je touche beaucoup plus de personnes qu’en jouant à être quelqu’un que je ne suis pas.

« Je m’en fous de passer en radio, c’est de l’argent jeté à la poubelle »

Vous avez fait une partie de la B.O. du film « Sous les jupes des filles » ; qu’avez-vous pensé de cette expérience ?

Natalia : On a enregistré au Sénégal, c’était la première fois que j’allais en Afrique. J’ai passé une semaine là-bas, j’ai adoré ! Imany (qui a écrit la bande originale, ndlr) est adorable, son producteur aussi… Et après, quand je suis allée à l’avant première, la toute première chanson, c’est ma voix. Du coup j’étais au cinéma, à Paris, avec ma voix dans un film. C’était incroyable.

Vous avez continué à travailler avec Imany après.

Natalia : Oui, on a fait des concerts contre l’endométriose. À chaque fois qu’elle m’appelle pour faire des choses de ce genre, je le fais avec plaisir.

Comment s’est passé l’enregistrement de votre dernier album ?

Natalia : Toute l’instrumental a été enregistré en Argentine, mais j’ai fait les voix à Paris. J’ai travaillé avec Axel Krygier, un musicien très connu là-bas. La collaboration avec lui s’est très bien passée, j’ai adoré. En plus, j’étais fan de lui depuis des années et des années ! Pouvoir le rencontrer et parler avec lui, faire un album, c’était un rêve. J’adore cet album, c’est un accomplissement. Il n’y a que des musiciens argentins dessus. Je ne suis pas nationaliste, c’est plutôt que pour moi quelqu’un qui joue le folklore de son pays, c’est très fort.

Vous pensez que vous auriez pu sortir cet album avec votre ancien label  ?

Natalia : Non, je ne pense pas. Ils voulaient prendre des décisions par rapport à tout. Par exemple, la pochette du premier album, jamais de la vie je n’aurais fait ça, ce n’était pas mon idée. J’ai pu travailler l’esthétique, les dessins, mais je n’aurais pas fait ça comme ça toute seule. Le deuxième album, je me suis entourée de personnes avec qui je voulais travailler. Du coup, pour la pochette, j’ai choisi des femmes que j’admirais beaucoup… et je pense que ça se voit, il est très féminin cet album.

Est-ce que parfois vous avez eu l’impression que les femmes ne sont pas traitées de la même manière que les hommes dans le milieu de la musique  ?

Natalia : Oui. Je n’ai pas d’anecdotes particulières par rapport à moi ces dernières années, mais quand j’étais beaucoup plus jeune, si. En fait, le patriarcat, je le vois partout dans la musique. Il y a des choses qui sont demandées aux femmes et pas aux garçons. Lors de mes premières photos de promotion, je me rappelle avoir entendu le directeur demander à ce qu’on cache des signes de mon âge. Les mecs, on ne leur demande jamais ça, c’est con. Ça m’a choqué et dérangé, déjà beaucoup à l’époque. J’avais 29 ans. Je n’ai pas envie de rester éternellement enfant, à l’intérieur oui, mais à l’extérieur on ne peut pas lutter !

Natalia Doco faisait partie des artistes proposant des concerts « chansignés » pendant le festival Au Foin de la Rue.

Lady Bel-Air, c'est quoi le chansigne ?

Le chansigne consiste à interpréter les paroles d’une chanson en langue des signes pour la rendre compréhensible auprès des personnes sourdes et malentendantes. Le collectif Les Mains Balladeuses est spécialiste de cette discipline qui peut s’effectuer en live pendant les concerts.

Vous avez aussi rencontré ce genre de situation en Argentine  ?

Natalia : C’est encore pire qu’ici, beaucoup plus. Les femmes qui sont connues, elles se font un massacre facial pour rester jeune toute leur vie, c’est horrible. La femme française est quand même beaucoup plus naturelle, je trouve. En Argentine, la femme est enfermée la-dedans et elle souffre de ça.

« Le patriarcat, je le vois partout dans la musique. Il y a des choses qui sont demandées aux femmes et pas aux garçons »

Comment vous expliquez le beau succès que vous rencontrez en France ?

Natalia : Je ne sais pas vraiment, un peu de chance sûrement. Et j’ai des fans très fidèles, je le vois pendant mes concerts. J’aime bien parce que je pense que je ne serais pas à l’aise avec un public qui me suit seulement parce que je passe à la télé ou en radio. J’ai envie de dire des choses et de ne pas être une source de fascination. La fascination ça amène énormément de pression.

Donc là vous n’avez pas de pression et vous vivez vraiment comme vous le voulez, sans avoir besoin de jouer un rôle  ?

Natalia : De plus en plus. Pour moi, c’est un chemin éternel vers l’authenticité. Moi je cherche ça. À chaque fois, je m’analyse et je me dis « ça c’est authentique, ça c’est de l’influence de quoi, de qui… ». Moi aussi je suis passée par l’étape où je voulais être parfaite, mais ce n’est pas authentique. Et j’aime bien communiquer cette authenticité. C’est pour ça que je ne serai jamais à l’aise dans un cadre de fascination où je devrais être parfaite tout le temps. Ça doit être horrible.

Vous pensez que les artistes ont le devoir d’essayer de faire « changer les choses » avec leurs textes  ?

Natalia : Je pense que les artistes peuvent essayer de faire changer les choses, mais ce n’est pas obligatoire. Chacun fait ce qu’il veut et peut. Moi j’ai choisi ça, mais c’est selon ton expérience. Mais la musique, les artistes, l’art en général sont de très bons moyens de communiquer des choses.

Et vous ne regrettez pas que les artistes très connus ne profitent pas de leur notoriété pour faire passer des messages justement  ?

Natalia : Je trouve que c’est pénible et ça m’énerve des fois. Mais j’essaie de regarder les choses avec un regard humble. Je ne détiens pas la vérité absolue, j’essaie de ne pas les juger. Parfois je le fais, et je me dis que par exemple, toutes les filles nues, c’est pénible, que je n’ai pas envie de donner un monde comme ça à mes enfants. Mais au final, je me reprends : tout ce qui existe est parfait. Ma vérité c’est ça, mais pour quelqu’un d’autre, ça peut-être d’avoir des danseuses qui bougent leurs fesses autour d’eux.

Si vous deviez choisir 3 causes qui vous touchent particulièrement à défendre ?

Natalia : Le rapport à la Terre et aux êtres vivants, je trouve que c’est triste où nous en sommes en ce moment, que nous montrions autant de violence envers les autres. Ensuite, le rapport à la femme, le patriarcat et tout, ça m’énerve. Je pense que c’est en train de changer mais ça fait des années que c’est comme ça. Ça évolue petit à petit. Même nous, les femmes, on doit changer à l’intérieur. Et en dernier, le rapport à l’argent. Le voir comme une source de bonheur c’est tellement faux.

Et pour finir, si vous deviez recommander à ceux qui ne vous connaissent pas une chanson pour vous découvrir, ça serait laquelle  ?

Natalia : Je vais dire Mademoiselle !

Notre TOP 3 des chansons de Natalia Doco par Mademoiselle Adèle

1. La Ultima Cancion, sur l’album EL BUEN GALICHO
2. Respira, sur l’album EL BUEN GALICHO
3. Al Que Madruga, sur l’album EL BUEN GALICHO

Merci beaucoup à Wilhem, ainsi qu’au festival Au Foin de la Rue pour avoir organisé la rencontre. Merci beaucoup à Natalia et à son incroyable franc-parler !
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