Animaux

Dans les coulisses d’Elephant Haven, future maison de retraite pour éléphants

Après le centre de réhabilitation pour primates ATO, au Bénin, nous continuons notre tour du monde des refuges sensés et sensibles ; cette fois-ci, c’est dans nos propres contrées françaises, au cœur du Limousin, que nous sommes allées visiter Elephant Haven European Elephant Sanctuary qui, comme son nom l’indique, aura pour objectif d’accueillir des éléphants à son ouverture.

D’abord, l’idée fait sourire : un sanctuaire pour éléphants à côté de Limoges, vraiment ?! Pas si saugrenu que ça pour Tony et Sophie, les très sympathiques propriétaires d’EHEES (ça fait moins mal aux mirettes que son nom complet). « Il y a un très bon équilibre dans le Limousin, nous explique Sofie. Beaucoup de foin, beaucoup d’espace, beaucoup d’eau aussi, c’est très important ! Et les arbres y sont comestibles pour les éléphants« . Originaires de Belgique, Toni et Sofie ont travaillé plus de 20 ans au zoo d’Anvers – dont 14 passées rien qu’avec les éléphants pour Toni. Des années d’expérience qui leur ont permis de dresser un bilan de leur situation en captivité : transportés d’un zoo à l’autre, les vieux éléphants cohabitent difficilement avec leurs semblables, avec lesquels ils se battent souvent. Alors, Tony s’est dit : et si on leur créait un lieu où ils pourraient rester jusqu’à la fin de leur vie ? « C’est aussi une réponse à la législation européenne qui évolue de plus en plus faveur des cirques sans animaux sauvages » complète Sofie.

Les pays qui refusent les cirques avec animaux sauvages, par Miss Peggy

Autriche, Belgique, Bolivie, Bulgarie, 
Chypre, Costa Rica, Danemark, Estonie,
Finlande, Grèce, Guatemala, Hongrie, Inde,
Irlande, Israël, Italie, Lettonie, Liban,
Malte, Mexique, Pays-Bas, Pérou, Portugal,
Roumanie, Singapour, Slovénie, Suède

 

Il n’existe jusqu’à présent aucun sanctuaire dédié à cette cause en Europe. Après de longues recherches, des visites d’autres sanctuaires pour éléphants en Amérique, en Afrique ou en Asie, et une quantité astronomique d’ennuyeuses démarches administratives, Tony et Sofie décident de tout quitter pour venir s’installer en France, en 2014. En Belgique ou aux Pays-Bas, les terrains ne sont pas assez spacieux ou très chers. « On a échangé avec beaucoup de personnes, des comptables, des contacts qu’on avait dans des zoos, raconte Sofie. Tony est allé passé un examen afin d’obtenir un certificat de capacité, valable pour les éléphants africains et asiatiques. On a aussi dû travailler avec la mairie et la préfecture, mais c’était compliqué car c’est très nouveau, les papiers pour ce type de structure ça n’existe pas en France ! ». Étude d’impact et permis de construire en poche, le terrain de 29 hectares est acheté en 2016.

Photo © MakiGo Protecting The Natural World

Le chantier se lance officiellement en Mai 2018, avec la création de box en métal pour l’étable des éléphants, financés par la Fondation Brigitte Bardot. D’après Sofie, « ce don a permis de montrer aux autres associations de protection animale qu’on était sérieux, qu’on pouvait nous faire confiance. Depuis nous sommes aussi soutenus par la World Animal Protection (WAP), ou des entreprises qui nous font des dons matériaux. Et il y a toute une équipe de bénévoles très motivés qui vient nous aider à l’année, à travers l’association MakiGo notamment« . Avec l’aide de professionnels et d’experts, ce sont entres autres eux qui ont continué le chantier à partir de Janvier 2019 en fermant et isolant l’étable, en y posant les fenêtres, le chauffage, l’isolation, en créant un local soigneur et technique… « On apprécie vraiment les gens qui nous aident maintenant, car beaucoup veulent venir seulement quand les éléphants seront là…  Et en dehors des semaines de bénévolat MakiGo, maintenant on a aussi des voisins qui viennent, qui s’occupent du potager, qui font la cuisine. Ça met du baume au cœur, grâce à eux on peut avancer ! ».

On n’est pas là pour attaquer les cirques, il faut essayer de travailler ensemble. Pour les éléphants.

Un premier enclos de 4 hectares a déjà été clôturé, permettant d’accueillir trois éléphants, mais Tony et Sofie souhaitent l’agrandir très vite. Et justement, nous leur avons demandé, comment ça se passe pour récupérer ces impressionnants animaux ? Sofie nous explique qu’ils essaient d’aller à la rencontre de cirques qui viennent dans la région. « On se présente de manière positive, on vient en paix  ! On leur explique que vu que la législation change, on veut les aider pour la suite, on veut offrir une suite à leurs éléphants. On n’est pas là pour critiquer, il faut essayer de travailler ensemble, pour les éléphants ». Les éléphants peuvent aussi venir de zoos, à l’instar de Flavia, qui est restée pendant 40 ans toute seule dans le même enclos, dans un zoo au Sud de l’Espagne. EHEES est intervenu dans un premier temps auprès des soigneurs en les conseillant pour améliorer son bien-être et son confort ; malheureusement, depuis, Flavia est décédée. « Chaque éléphant a une situation et une histoire totalement différente.  Dès que le sanctuaire sera prêt, c’est à nous d’entrer en contact avec les structures, leur annoncer que nous sommes aptes à l’accueil ».

Qu’en est-il de cette fameuse date d’ouverture ? Avec un sourire qui en dit long, Sofie nous confie : « On a arrêté de définir une date officielle. Nous sommes dépendants des bénévoles, des dons que nous recevons, et il y a aussi des délais quand on commande certains matériaux qui peuvent prendre des mois. On ne contrôle pas tout. Nous espérons dans quelques mois… ».

Tony et Sofie.
Photo © EHEES​

« Nous sommes un petit sanctuaire, c’est toujours de la captivité… Mais on va faire de notre mieux pour les éléphants ! On veut leur donner beaucoup d’espace et de la tranquillité, et surtout, le choix d’aller et venir ». Tony et Sofie sont perpétuellement en train de se renseigner, d’apprendre, de demander de l’aide, pour faire de leur mieux ici et offrir à leurs futurs protégés un vrai petit coin de monde sauvage. Et Sofie de conclure : « Moi, je veux acheter tout le Limousin ! »

Lady Bel-Air vous dit comment devenir bénévole avec MakiGo

Vous pouvez envoyer un mail avec votre
CV + lettre de motivation à l'adresse
benevoleeh@makigo.org. Travail de
construction et de bricolage
essentiellement, il n'y a pas
encore d'éléphants sur le site.

Merci beaucoup à Tony et Sofie pour leur accueil et leur gentillesse, et pour leur magnifique projet. Cliquez ici pour accéder au site de l’association.
Également un énorme merci à l’association MakiGo Protecting The Natural World, et en particulier Joss, Maddy, Olivier, Margaux et Corentin. Merci à Nick !
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