Animaux

Protéger les primates du Bénin avec le centre de recueil ATO

Sur la côte Ouest de l’Afrique, le Bénin, pays francophone méconnu hormis peut-être pour sa culture vaudou, est malheureusement le théâtre d’une catastrophique extinction de masse en matière de faune sauvage : braconnage et trafics illégaux sont en train d’impacter sérieusement les populations locales de primates. Pour lutter contre ce désastre environnemental, le premier et seul centre de protection des singes du pays, ATO, a ouvert en février 2014. Il est tenu par une française, Véronique, que nous avons eu la chance de rencontrer pour en savoir plus sur cette importante mission de conservation.

Les habitué(e)s du blog seront peut-être surpris(es) par le ton étonnamment sérieux de ce nouvel article ; mais ce que nous avons découvert au Bénin avec Les Petites Chroniqueuses, c’est une urgence, caractérisée par une date et un chiffre : en 2050, les 360 espèces de primates de la planète pourraient avoir bonnement et tout simplement disparus.

Dame Jaune nous expose les nombreuses pressions anthropiques subies par les primates

► Déforestation au profit du développement de
l'agriculture ou de l'industrie du bois
► Braconnage
► Réchauffement climatique
► Activités minières
► Maladies infectieuses transmises par l'homme
► Construction de réseaux routiers et/ou ferrés

C’est pour tenter de pallier cette multitude de pressions anthropiques qu’en mai 2013, Véronique Tessier créé l’association ATO Bénin. « La volonté m’est venue après une mission d’écovolontariat dans le pays en 2010, nous raconte Véronique. Suite à un épisode plutôt dramatique dans la brousse, ça a été un déclic : je me suis rendue compte qu’absolument RIEN n’était fait pour recueillir les singes en difficulté. C’est comme ça qu’est née ATO ».

Passionnée depuis toujours par la faune sauvage, ayant eu la chance de partir  l’observer de près au Kenya quand elle était plus jeune, du jour au lendemain  elle décide de quitter son travail en France pour venir s’installer ici, dans le département de la Donga, non loin de la frontière togolaise. Rattaché au village de Manigri, le centre écologique accueille les infrastructures des gardes forestiers béninois et, caché dans le fond, ce bâtiment entouré d’enclos de ferrailles dans lesquelles vivent de curieux petits pensionnaires à poils…

Photo © Océane Guenguant

1. Recueil


Une cinquantaine de singes est hébergée au centre, des animaux autrefois maltraités, violemment arrachés à leur environnement naturel et gardés dans des cages ou au bout d’une corde par des « propriétaires » peu scrupuleux, que Véronique a pu sauver pour leur offrir la chance d’une seconde vie. Même si ce n’est pas toujours simple. « Quand on nous signale un singe reclus, on mène l’enquête, on essaie de rassembler autant d’informations et de photos qu’on peut,  nous explique Véronique. Ensuite, deux possibilités s’offrent à nous : soit on envoie un béninois discute avec le « propriétaire » du singe, pour faire en sorte qu’il accepte de nous le céder sans trop faire d’histoires, soit on envoie les forestiers pour effectuer une saisie ». Mais arriver  à trouver un forestier qui accepte est très aléatoire ; sur 15 agents forestiers, peut-être 2 voudront bien aller jusqu’à la confiscation, estime Véronique.

Madame Kris explique : comment se passe le braconnage ?

Les braconniers s'attaquent principalement à une mère 
avec son petit. Ils tuent la mère pour vendre sa chair,
car ici la viande de singe est consommée, et récupèrent
le petit pour l'intégrer dans un trafic qui le vendra
comme animal de compagnie.

Pourquoi un tel manque de zèle de la part de ceux censés être les gardiens de la faune et de la flore ? « C’est le problème au Bénin, à cause des nombreuses histoires de corruption, la population n’est attirée que par ce qui peut apporter une rentabilité… et les forestiers ne font pas exception à la règle, déplore Véronique.  Le bois rapporte plus que les singes ! ». On trouvera donc plus de forestiers spécialisé en flore (ici, comprenez bûcheronnage…) qu’en faune,  et qui n’auront donc pas la formation adaptée.

ATO est l’unique centre de ce style dans le pays, alors même que la situation des primates  y est critique. « Les locaux ne s’y intéressent pas, ils manquent d’informations ». C’est aussi pour cette raison que Véronique et les volontaires qu’elle accueille au centre consacrent une partie de leur temps à effectuer des missions de sensibilisation. Cela passe par des interventions dans les écoles, ou le simple fait d’employer des béninois comme soigneurs. Et c’est bénéfique d’après Véronique : « Les personnes que j’ai rencontrées ici ont maintenant un autre regard sur les singes, ils ont appris à les connaître« . Une vendeuse qui a l’habitude de vendre ses fruits au centre est venue signaler un singe retenu captif ! Après l’école, les enfants viennent apporter des petits cadeaux aux singes. « J’ai même certains chasseurs de mon côté, nous dit Véronique. Eux aussi constatent que l’on voit beaucoup moins de singes qu’avant dans les forêts« . Elle note une fois de plus le paradoxe entre le soutien qu’elle reçoit de la population locale par rapport à celui des autorités forestières… « Ils devraient aider beaucoup plus que ça« .

Photo © Océane Guenguant

2. Soin


L’importance du centre n’est plus à prouver. Il suffit de comparer la tête de Dj’Wé, femelle de l’espèce Mona qui adore se gaver de tomates, entre son arrivée à ATO et aujourd’hui, cinq ans plus tard. « Les Monas sont classés comme vulnérables au Bénin. Beaucoup ont été chassés pour être consommés comme viande de brousse« . La viande de brousse,  dont le commerce est illégal ; il existe pourtant des restaurants spécialisés dans cette viande de luxe, et qui ne s’en cachent pas, sans qu’aucune sanction ne soit appliquée… Les textes de lois stipulent pourtant des amendes et des emprisonnements, y compris pour les détenteurs de singes ; comme évoqué plus haut, un permis est nécessaire, ce qu’énormément de béninois sont loin de posséder. Mais s’il n’y avait qu’eux ! « A Cotonou (la capitale économique du pays), je sais qu’il y a des expatriés qui gardent des petits Monas dans leurs maisons, parce que c’est très mignon comme singe ».

Ouais, c’est très instagrammable, a-t-on envie de rajouter… Qu’ils soient locaux ou expat’, ceux qui se disent propriétaires de ces animaux n’ont aucune idée de comment s’en occuper, ce qui fait qu’on les retrouve dans des états de malnutrition déplorables. Et puis bien souvent, quand le bébé grandit et n’est plus aussi mignon, on le tue pour en reprendre un autre ; acheter un singe ici, c’est aussi facile  que d’acheter un chat ou un chien en France, il suffit de connaître le bon réseau de trafiquants, et en moins d’une semaine, après un coup de téléphone, ton bébé babouin traumatisé est chez toi.

Heureusement, des histoires qui finissent bien, Véronique en a à nous confier  : « Nouk par exemple, un babouin qui est le premier pensionnaire arrivé au centre. J’étais venue faire des repérages du terrain et j’avais rencontré le représentant de l’environnement de la mairie de Manigri (le seul de la commune intéressé par le projet) ; après mon départ, il est tombé sur un chasseur qui vendait ce bébé de moins de 6 mois, complètement apeuré. En attendant mon retour, et même sans savoir si je reviendrais, il l’a acheté afin de me le donner… Je n’ai pas cautionné cet achat, en lui expliquant pourquoi, mais pour lui ce fût la seule alternative sur le moment. Aujourd’hui, Nouk est en train de devenir un mâle Alpha avec un fort tempérament ! »

Les singes actuellement à ATO, par Mademoiselle Adèle

1. Les Patas, encore assez nombreux mais que l'on trouve 
surtout dans les champs, car il n'y a plus de forêts
2. Les Monas, qui sont classés comme vulnérables au
Bénin
3. Les Tantales
4. Les Babouins, de moins en moins présents dans
cette zone

 

3. Réhabilitation


A terme, l’objectif du centre ATO est bien entendu de parvenir à relâcher ces petites bêtes dans leur environnement naturel. Une tâche compliquée à cause de plusieurs facteurs : « Ici on a la clinique, on peut faire les mises en quarantaine et les premières prises de contact, mais c’est tout, explique Véronique. Il faudrait un deuxième site pour réussir à créer des enclos et des structures adaptées afin de reformer des grands groupes et leur réapprendre à se débrouiller par eux-mêmes ». Seconde difficulté, trouver un accord avec ceux qui aiment bien mettre des bâtons dans les roues, à savoir les autorités forestières, pour dénicher un lieu de la  forêt adapté pour le relâcher. Mais les forêts autour de Manigri n’étant pas protégées, ce serait le retour à la case départ avec le risque que les singes soient à nouveau braconnés.

Pour les préparer à un retour à l’état sauvage, ATO organise avec les plus jeunes de ses résidents des sorties en brousse ; des moments privilégiés que Lucie, écovolontaire au centre, adore évoquer. Cette assistante vétérinaire de formation, grande fan de babouins, est venue en Afrique pour la première fois il y a trois ans. « C’est là où j’ai tout le temps envie d’être, pour pouvoir faire quelque chose de concret avec les animaux, dit-elle. Jouer avec un babouin, l’entendre pleurer… c’est quelque chose de fort, quelque chose qui marque ! »

Véronique avec l'un de ses petits protégés babouin.
Photo © Les Petites Chroniqueuses

Des écovolontaires comme Lucie, le centre ATO en accueille tout au long de l’année. Nettoyage des enclos, distribution de la nourriture, biberonnage des plus jeunes, assistanat aux opérations vétérinaires… En plus des soigneurs qu’elle emploie, Véronique compte beaucoup sur le soutien de ces passionnés. Trouver des fonds est l’une des principales problématiques que rencontre l’association, alors une aide bénévole n’est pas de refus ! Heureusement elle peut compter sur le soutien financier d’autres assos, comme la Fondation Brigitte Bardot, le Zoo de la Barben, ou encore l’association Maki Go, dont nous avions déjà parlé.

Lady Bel-Air vous dit comment devenir écovolontaire

Envoyez votre CV et votre lettre de motivation à 
l'adresse ato.volontariat@gmail.com. Une expérience
passée avec les animaux est un plus mais n'est pas
obligatoire. Attention, car un écovolontariat à
l'étranger ne se prépare pas à la légère et implique
beaucoup de responsabilités auprès de l'association
d'accueil, ainsi qu'un budget conséquent (vaccins,
passeport, etc.)
Merci beaucoup à Véronique pour l’extraordinaire travail qu’elle produit et pour le temps qu’elle nous a accordé. Visitez le site web de la fondation ATO.
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