Initiatives

Végéstal, la première épicerie vegan de Rennes

Une ambiance champêtre et féerique, des murs qui ne dédaignent pas le vert, des étagères proprettes et garnies de couleurs : nous sommes dans l’antre veggie de Lola Dumont, qui a ouvert son épicerie Végéstal en plein cœur de Rennes. Mardi 6 novembre, elle a eu la gentillesse de nous ouvrir les portes de sa boutique pour nous parler de son projet, des animaux, un peu d’elle-même, et de la cuisine vegan, bien évidemment !

C’est un concept tout nouveau dans la capitale bretonne, et qui s’inscrit pourtant parfaitement dans cette vague tendance et croissante d’animalisme, d’engagement antispéciste, et de découverte de la culture vegan ; peu de temps après L’Herbosaurus, salon de thé 100% vegan situé rue Jules Simon à Rennes, l’épicerie Végéstal s’inaugure le samedi 26 mai 2018 près du centre commercial La Visitation, haut lieu de passage et de shopping du centre-ville rennais. Sa propriétaire, Lola, âgée de 25 ans, est la personne la plus adorable qu’on connaisse, qui reçoit tous ses clients avec le sourire jusqu’aux oreilles. Elle est toujours pleine de bons conseils.

Photo © Les Petites Chroniqueuses

« Un de mes produits préférés, c’est la mayonnaise vegan,  rit-elle en nous présentant ses rayons, garnis de biscuits, de steaks végétaux, ou encore de substituts d’œufs, bref que des produits qui n’impliquent absolument aucune souffrance animale. J’aime beaucoup parce qu’elle se digère très bien, comme le reste de l’alimentation végétale en général ; on n’a plus cette sensation de ballonnements après le repas ». Les deux tiers de la boutique sont consacrés à l’alimentation, mais à Végéstal on trouve aussi des cosmétiques, de la documentation à travers des livres, des produits d’hygiène. Presque tout est bio. « Je voulais vraiment que mes produit soient accessibles à tout le monde, tous les types de budget, tous les types de familles ; à l’image de cette barre au seitan  qui ne coûte que 1,50 €, et qui est très consistante, qui tient bien au corps. Je la recommande souvent, ça a le même goût qu’une chipolata ! ».

Cher, la nourriture vegan ? « On utilise des matières premières qui sont plus onéreuses, oui, comme les noix, les noisettes, de la farine de châtaigne, qui coûte forcément plus cher que d’utiliser du sucre ou de la farine de blé ordinaire ». Cela dans l’objectif de rajouter plus de goût, parce que non, contrairement à ce que disent les mauvaises langues, la nourriture vegan, ce n’est pas fade et sans saveur. « Et puis beaucoup de produits sont fabriqués à la main, par exemple ce camembert lorrain de la marque Les Petits Véganes, à la noix de cajou, qui est affiné et travaillé artisanalement. D’où le prix : 11,90 €. Ça reste un produit de luxe ! Pourtant il fait partie de ceux qui se vendent le mieux, je suis déjà en rupture de stock »

Photo © Les Petites Chroniqueuses

Les rares anti-vegan qui se sont égarés sur ce blog s’étoufferont alors : du camembert ?! Mais n’importe quoi, du camembert ça se fait avec du LAIT, du LAIT qui sort de la VACHE ! C’est vrai que sur les étalages de Lola, particulièrement rayon frais, on trouve pas mal de produits qui cherchent à « imiter » (gros guillemets) l’alimentation « normale » (encore plus gros guillemets). Mais c’est quoi cette manie des vegans de vouloir à tout prix retrouver les goûts d’avant leur transition ? « J’ai constaté que la majorité de mes clients aimaient la viande, et que s’ils sont devenus vegan c’est principalement par conviction, donc même s’ils apprécient le goût, psychologiquement ils ne peuvent plus en manger, parce que ça provoque une cassure, nous explique Lola. Ils sont donc contents de pouvoir retrouver ce qui ressemble à de la viande ;  mais ce n’est pas toujours le cas, à certains clients je ne pourrais pas vendre des faux steaks ou du faux saumon, car ils peuvent avoir changé de régime pour des raisons de santé, ou de goût tout simplement, donc ça ne passe pas« .

« Mes clients aimaient la viande mais sont devenus vegan par conviction »

Pour rester dans le thème de « l’imitation », Lola nous montre un de ses produits qui cartonne : de la crème Chantilly ! « Il faudrait la faire goûter à des non-vegans, parce que c’est vraiment bluffant, on ne sent pas la différence avec la chantilly ordinaire. Bon, par contre, mieux vaut ne pas regarder ce qu’il y a comme ingrédients, c’est loin d’être bio.. ». Si ce n’est pas forcément bio, on a presque envie de dire que ce n’est pas grave, car au moins, on dispose de beaucoup de choix ; et Lola est contente de ça : « Je ne voulais pas que cet endroit soit une épicerie bio traditionnelle, je voulais proposer de la diversité à mes clients. Cela m’a demandé beaucoup de travail en amont, j’ai dû travailler pendant 1 an avant de pouvoir ouvrir, chercher des fournisseurs, c’est très compliqué car ce n’est pas comme dans la grande distribution, tout est éparpillé… il faut s’accrocher ! ».
Photos © Les Petites Chroniqueuses

Végéstal, ça marche très très bien. Une bonne surprise, nous dirait Lola, depuis le début il y a énormément de monde. Sûrement lié au fait que la communauté vegan est tout de même très présente sur Rennes, ce qui se ressent à travers une vie associative bien active notamment. « L’idée d’ouvrir ce magasin m’est venue parce que, côtoyant pas mal de personnes vegan et étant moi-même vegan, c’était difficile d’être obligé de passer toutes ses commandes par Internet pour pouvoir manger comme on voulait, vu qu’il n’y avait rien dans ce style à Rennes. Il y avait de la demande, mais pas d’offre ! Alors je me suis dit : je me lance, on verra bien ». Aujourd’hui, le succès de l’épicerie est tel que Lola a dû ouvrir un jour en plus, le lundi. « Au début, j’ai eu des reproches : on me reprochait d’utiliser le véganisme pour me faire un business, comme quoi mon activité était trop capitaliste. Mais je ne suis pas d’accord avec cette mentalité ; la preuve, j’ai reçu une lettre, d’un député En Marche !, qui me félicitait pour mon initiative, pour mon commerce vegan… ce qui veut dire qu’il s’est intéressé au sujet, et moi ça me fait très plaisir. Pour moi, Végéstal, c’est une forme de militantisme pour la cause animale ».

Lola nous parle un peu de son parcours. Née dans une ferme, avec un papa éleveur de vaches, elle a fait très vite et très jeune le lien entre la viande dans son assiette avec les animaux dehors. « J’ai posé des questions à mes parents, ils ne voulaient pas trop me répondre, mais moi je grandissais, je comprenais. Vers 10 ans, j’ai dit que je voulais devenir végétarienne, mais mes parents n’ont pas voulu, ils s’inquiétaient pour moi. C’est vers mes 14-15 ans que j’ai enfin pu adopter ce régime ». Pour continuer d’aimer et d’aider les animaux, Lola souhaite devenir vétérinaire, mais elle se rapprochera finalement du métier d’assistante vétérinaire, parce que « j’ai échoué au bac S » nous confie-t-elle. Là, à 20 ans, c’est une autre prise de conscience qui s’opère : « Je me suis dit que ça ne changeait rien de soigner ces animaux si au final d’autres continuaient de mourir chaque jour dans des abattoirs pour être mangés… Je me suis rapprochée d’associations rennaises, c’était l’époque où les premières vidéos chocs (de L214 en l’occurrence) commençaient à apparaître, j’ai découvert qu’on pouvait devenir vegan, je ne connaissais pas du tout ce terme-là. J’ai aussitôt voulu le devenir mais c’était compliqué, je ne cuisinais pas du tout, et à Rennes hormis les rares épiceries bio où tout était très onéreux et qui ne me tentaient pas, il n’y avait rien. Donc, j’ai quitté mon travail d’assistante vétérinaire pour ouvrir Végéstal. Je souhaitais proposer l’offre que je n’avais pas eu la chance d’avoir quand moi j’ai entamé ma transition vegan ».  Aujourd’hui, Lola ne milite plus ; par manque de temps déjà, vu le succès de sa boutique, mais aussi parce qu’elle ne se considère pas comme ayant le profil d’une militante, il faut avoir les nerfs solides et un bon tempérament. Elle invoque aussi, « et c’est un peu fataliste » regrette-t-elle, ce sentiment que quoi qu’on fasse, « on ne nous écoute pas, on nous rit au nez ».

Photo © Les Petites Chroniqueuses

Lola nous montre des barres chocolatées VEGO, sans lait, sans beurre, avec des noisettes et issu du commerce équitable, dont le goût apparemment rappelle beaucoup celui du Milka. Ça nous fait penser à une question : a-t-elle déjà eu l’occasion de recevoir des clients non-vegan, venus juste par curiosité ? « C’est malheureusement assez rare… Mais ça reste un de mes principaux objectifs ! En m’implantant dans l’hyper-centre, qui plus est dans une rue très passante, ma volonté était aussi de pouvoir toucher une clientèle différente de mes clients les plus fidèles, des hyper-consommateurs, des gens qui n’ont l’habitude que des grandes surfaces… J’espère vraiment réussir à faire ça dans les années à venir, c’est aussi ça mon travail ».

« Être propriétaire de Végéstal, c’est un autre schéma de militantisme »

Avant de partir, nous allons faire un tour du côté des cosmétiques. Lola nous rappelle que les cosmétiques que l’on trouve dans le commerce ne sont pas forcément vegan, de par leur composition dans un premier temps : « Souvent, les fabricants ajoutent de la cire d’abeille dans le maquillage, ou du lait dans les crèmes hydratantes ». Mais aussi parce qu’il existe encore des produits qui sont testés sur les animaux avant commercialisation. En France, c’est censé être interdit pour les produits d’hygiène, mais les marques peuvent très bien faire fabriquer leurs produits à l’étranger et ainsi transgresser la règle… « Ici, tous les produits sont Made In France, et vegan à 100% ». Du vernis, du rouge à lèvres, de l’eye-liner… et même des préservatifs ! « Eh oui, ce n’est pas forcément connu, mais les préservatifs ne sont pas tous vegan. Le problème c’est que c’est très dur de connaître la composition d’un préservatif. Il peut par exemple y avoir de la graisse de porc dans le lubrifiant, ou de l’acide lactique pour la fabrication de la matière ». 

Lady Bel-Air en a profité pour faire son shopping :

Impossible de repartir sans avoir rempli le panier 
de pleins de bonnes choses :  sachet de fauxmage
façon gruyère, une de ces fameuses barre au seitan,
du faux gras (pour remplacer le foie gras de canard),
des petits morceaux de soja et d'amidons pannés
comme du poisson, et un autre fauxmage affiné à
l'échalote et aux fines herbes. De quoi se faire un
repas plus que complet avec un bon apéritif avant,
le tout, pour la modique somme de 13,70 € !
Photo © Les Petites Chroniqueuses
Merci à Lola pour nous avoir gentiment accordé un peu de son temps.

Dame Jaune, c'est où Végéstal ?

12 rue de la Visitation à Rennes. 
Horaires d'ouverture : du mardi au samedi de 10h00
à 13h30 et de 14h30 à 19h, sauf le samedi jusqu'à
18h. Fermé le mercredi matin.
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